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Nulle chronique écrite sur
place n'a perpétué les événements, les peuples,
les dynasties. Nul monument durable ne fixe dans la pierre le souvenir
des rêves, des désirs, des émotions effacées
depuis des millénaires. A peine, ça et là, quelques
gravures sur des roches témoignent du passage de peuplades oubliées.
C'est tout.
Faut-il en conclure que pendant
près de deux mille ans, coupée des progrès européens
par le désert et par des fleuves hostiles, cette Afrique centrale
n'aurait connu que des hordes inorganisées analogues aux troupeaux
humains de la préhistoire? Non. C'est là une conception
erronée; elle a cours encore dans certains milieux, qui répètent
trop facilement que, jusqu'à l'arrivée des Européens
au siècle dernier, l'histoire de l'Afrique noire se confondit avec
la préhistoire.
En fait, les premiers Européens
qui débarquèrent en Afrique trouvèrent souvent des
communautés politiquement organisées; certaines d'entre
elles, sous l'impulsion d'un chef de famille qui se transformait en monarque,
étaient même devenues des royaumes, tel le royaume de Congo,
près de l'embouchure du fleuve, dont la fondation remonte au 13e
siècle, ou l'empire des Lunda, en bordure du Katanga, qui fut créé
au 16e siècle.
De l'histoire de ces anciens royaumes
congolais subsistent des témoignages multiples : les uns,
les plus nombreux, ce sont les traditions orales des tribus, encore conservées
en partie de nos jours, et qui ont été souvent recueillies
et mises en archives par des enquêteurs, missionnaires ou fonctionnaires
territoriaux; les autres, plus rares, mais d'autant plus précieux,
ce sont des chroniques, surtout des chroniques de voyage des XVe et XVIe
siècles, imprimées en Europe à l'époque, et
qui font ainsi passer dès lors le Congo du stade de la protohistoire,
basée sur les légendes et les chronologies orales, à
celui de l'histoire proprement dite, qui repose sur des documents écrits.
L'ensemble de ces témoignages
a-t-il été jusqu'à présent utilisé
comme il pouvait l'être? On peut en douter. Certes, des essais ont
été écrits sur tel ou tel peuple les Bakongo, les
Bakuba, les Mongo ont été les plus favorisés à
cet égard. Mais il manque encore la synthèse qui, utilisant
tous les documents disponibles et y ajoutant les dernières traditions
encore vivaces et prêtes à s'effacer dans les mémoires
de demain, apporterait enfin la première histoire du Congo telle
qu'elle se déroula avant la traversée du pays par Stanley.
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Une telle histoire pourrait commencer
au début du second millénaire.
En effet, de ce qu'il se passa
durant le premier millénaire de notre ère, aucun souvenir
précis n'a été conservé.
Il semble bien toutefois que ce premier millénaire
voit l'arrivée au Congo d'une succession de peuples d'apparence
bantoue. S'agit-il de "proto-bantous", de "semi-bantous",
de vrais bantous? Les discussions vont leur train et la question ne
semble pas près d'être résolue. Mais il apparaît
que ces gens qui lentement, par vagues, venus de points différents,
abordent les lisières des inhospitalières forêts
tropicales, ne sont pas tant des conquérants que des peuplades
refoulées par des envahisseurs. Leur point original de dispersion
semble se situer dans les régions soudanaises et abyssines. Quelles
sont les causes qui ont provoqué cette migration des Bantous
vers le Sud? Sont-ce des invasions étrangères? Ou n'est-ce
pas surtout l'extension d'une sécheresse partie du Sahara?
Quoi qu'il en soit, tandis
qu'une lente coulée de populations, longeant les grands lacs
et l'océan Indien, arrivait jusqu'en Afrique du Sud, d'autres
rameaux, dispersés à l'extrême, s'insinuaient par
les vallées et les bordures de rivières jusqu'au sein
de la forêt équatoriale où peu à peu s'immobilisait
leur mouvement. Les chemins de ces migrations se superposent, se coupent,
s'entrecroisent à un point tel qu'une carte de ces grands mouvements
de tribus apparaît avant tout comme un labyrinthe de lignes folles
emmêlées dans une mosaïque compliquée. Certaines
de ces tribus ont d'ailleurs effectué des marches en spirale
assez curieuses dont les traditions gardent encore trace.
Ce mouvement d'invasions bantoues,
successives et enchevêtrées, continua pendant tout le deuxième
millénaire. Il existait encore lorsqu'à la fin du XIXe
siècle les Européens occupèrent le pays :
on peut dire que cette récente arrivée des Européens
mit fin aux grandes migrations ethniques du centre de l'Afrique. Ces
migrations de peuplades se sont transformées aujourdhui
en de nouveaux courants humains nés de l'industrialisation et
de l'urbanisation du pays.
Du rôle joué
par les Pygmées pendant cette longue période, on sait
peu de chose; les traditions bantoues s'accordent toutefois pour en
faire les premiers occupants, vivant de chasse et de cueillette, qu'à
leur arrivée ils trouvèrent en divers points de la grande
forêt.
Aux deux derniers siècles,
de nouveaux venus apparurent en bordure septentrionale du pays :
c'étaient les Soudanais et les Nilotiques qui succédaient
ainsi aux Bantous dans diverses régions périphériques.
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