(d’après Inforcongo - Office d’Information et de Relations Publiques du Congo Belge et du Ruanda Urundi – 1958)

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Nulle chronique écrite sur place n'a perpétué les événements, les peuples, les dynasties. Nul monument durable ne fixe dans la pierre le souvenir des rêves, des désirs, des émotions effacées depuis des millénaires. A peine, ça et là, quelques gravures sur des roches témoignent du passage de peuplades oubliées. C'est tout.

Faut-il en conclure que pendant près de deux mille ans, coupée des progrès européens par le désert et par des fleuves hostiles, cette Afrique centrale n'aurait connu que des hordes inorganisées analogues aux troupeaux humains de la préhistoire? Non. C'est là une conception erronée; elle a cours encore dans certains milieux, qui répètent trop facilement que, jusqu'à l'arrivée des Européens au siècle dernier, l'histoire de l'Afrique noire se confondit avec la préhistoire.

En fait, les premiers Européens qui débarquèrent en Afrique trouvèrent souvent des communautés politiquement organisées; certaines d'entre elles, sous l'impulsion d'un chef de famille qui se transformait en monarque, étaient même devenues des royaumes, tel le royaume de Congo, près de l'embouchure du fleuve, dont la fondation remonte au 13e siècle, ou l'empire des Lunda, en bordure du Katanga, qui fut créé au 16e siècle.

De l'histoire de ces anciens royaumes congolais subsistent des témoignages multiples : les uns, les plus nombreux, ce sont les traditions orales des tribus, encore conservées en partie de nos jours, et qui ont été souvent recueillies et mises en archives par des enquêteurs, missionnaires ou fonctionnaires territoriaux; les autres, plus rares, mais d'autant plus précieux, ce sont des chroniques, surtout des chroniques de voyage des XVe et XVIe siècles, imprimées en Europe à l'époque, et qui font ainsi passer dès lors le Congo du stade de la protohistoire, basée sur les légendes et les chronologies orales, à celui de l'histoire proprement dite, qui repose sur des documents écrits.

L'ensemble de ces témoignages a-t-il été jusqu'à présent utilisé comme il pouvait l'être? On peut en douter. Certes, des essais ont été écrits sur tel ou tel peuple les Bakongo, les Bakuba, les Mongo ont été les plus favorisés à cet égard. Mais il manque encore la synthèse qui, utilisant tous les documents disponibles et y ajoutant les dernières traditions encore vivaces et prêtes à s'effacer dans les mémoires de demain, apporterait enfin la première histoire du Congo telle qu'elle se déroula avant la traversée du pays par Stanley.

 

Une telle histoire pourrait commencer au début du second millénaire.

En effet, de ce qu'il se passa durant le premier millénaire de notre ère, aucun souvenir précis n'a été conservé.

Il semble bien toutefois que ce premier millénaire voit l'arrivée au Congo d'une succession de peuples d'apparence bantoue. S'agit-il de "proto-bantous", de "semi-bantous", de vrais bantous? Les discussions vont leur train et la question ne semble pas près d'être résolue. Mais il apparaît que ces gens qui lentement, par vagues, venus de points différents, abordent les lisières des inhospitalières forêts tropicales, ne sont pas tant des conquérants que des peuplades refoulées par des envahisseurs. Leur point original de dispersion semble se situer dans les régions soudanaises et abyssines. Quelles sont les causes qui ont provoqué cette migration des Bantous vers le Sud? Sont-ce des invasions étrangères? Ou n'est-ce pas surtout l'extension d'une sécheresse partie du Sahara?

Quoi qu'il en soit, tandis qu'une lente coulée de populations, longeant les grands lacs et l'océan Indien, arrivait jusqu'en Afrique du Sud, d'autres rameaux, dispersés à l'extrême, s'insinuaient par les vallées et les bordures de rivières jusqu'au sein de la forêt équatoriale où peu à peu s'immobilisait leur mouvement. Les chemins de ces migrations se superposent, se coupent, s'entrecroisent à un point tel qu'une carte de ces grands mouvements de tribus apparaît avant tout comme un labyrinthe de lignes folles emmêlées dans une mosaïque compliquée. Certaines de ces tribus ont d'ailleurs effectué des marches en spirale assez curieuses dont les traditions gardent encore trace.

Ce mouvement d'invasions bantoues, successives et enchevêtrées, continua pendant tout le deuxième millénaire. Il existait encore lorsqu'à la fin du XIXe siècle les Européens occupèrent le pays : on peut dire que cette récente arrivée des Européens mit fin aux grandes migrations ethniques du centre de l'Afrique. Ces migrations de peuplades se sont transformées aujourd’hui en de nouveaux courants humains nés de l'industrialisation et de l'urbanisation du pays.

Du rôle joué par les Pygmées pendant cette longue période, on sait peu de chose; les traditions bantoues s'accordent toutefois pour en faire les premiers occupants, vivant de chasse et de cueillette, qu'à leur arrivée ils trouvèrent en divers points de la grande forêt.

Aux deux derniers siècles, de nouveaux venus apparurent en bordure septentrionale du pays : c'étaient les Soudanais et les Nilotiques qui succédaient ainsi aux Bantous dans diverses régions périphériques.