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LE CONGO BELGE |
Par Oscar Libotte, Président Honoraire de l'Urome
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A - Comment l'Etat Indépendant du Congo devint une colonie belge
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L'Etat Indépendant du Congo vécut vingt-trois ans. En 1908, il devenait une possession coloniale belge.
Comment expliquer cette transformation d'un Etat en une Colonie? Elle ne se fit pas à l'improviste; elle ne fut pas non plus, comme on pourrait le croire, uniquement le résultat des campagnes menées contre le régime léopoldien. En fait, l'annexion du Congo par la Belgique représente l'aboutissement d'un long travail de préparation : elle trouve son origine à la fois dans la volonté du Souverain, dans l'aide financière capitale que la Belgique avait en une période difficile apportée à l'Etat, et dans la conscience de plus en plus grande que le peuple belge prenait, au début de ce siècle, de ses responsabilités devant luvre africaine.
Une succession d'événements marque les étapes qui préparèrent cette annexion.
Leur point de départ se trouve en 1889 : cette année, Léopold Il avait fait un testament dans lequel il déclarait «léguer et transmettre après sa mort, à la Belgique, tous ses droits souverains sur l'Etat Indépendant du Congo».
L'année suivante, la convention du 5 juillet 1890 faisait faire à la Belgique un nouveau pas en avant. Par cette convention, l'Etat Belge avait consenti à l'Etat Indépendant du Congo un prêt important de vingt-cinq millions de francs; en contrepartie de cette aide, il avait reçu une option qui lui permettait, au bout de dix ans, de s'annexer le territoire du Congo. Cette annexion possible n'allait pas sans conditions, notamment celle d'éteindre par voie de confusion la dette contractée.
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B - Premier essor du Congo Belge
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La Belgique se trouvait désormais à la tête d'un territoire quatre-vingts fois plus grand qu'elle. Beaucoup déjà y avait été accompli; beaucoup y restait à faire.
Comment se présentait à cette époque le pays qu'elle recevait ainsi des mains de son Roi?
Les razzias et la traite des esclaves étaient réprimées. Un solide réseau de postes administratifs, une occupation militaire diligente avaient établi la paix là où les premiers explorateurs n'avaient rencontré que terreur et insécurité permanentes. Les missions religieuses, catholiques et protestantes, avaient entrepris une oeuvre évangélisatrice que renforçaient écoles et dispensaires. Commerce et industrie commençaient à s'organiser. Les services médicaux officiels avaient entrepris la lutte contre les maladies qui décimaient le pays. Partout, la situation matérielle et morale des indigènes avait été améliorée et les réformes décidées en 1906 par Léopold Il entraient en vigueur.
Il s'agissait donc avant tout de continuer une oeuvre entreprise en la développant et en l'améliorant. Les fondations étaient debout; il fallait achever l'édifice.
C'est le premier ministre belge des Colonies, Jules Renkin, qui donna à cette phase nouvelle son premier essor. Léopold Il était mort en décembre 1909, un an après l'annexion; Albert 1er lui succédait. Le jeune souverain allait donner au ministre Renkin un appui complet.
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C - La guerre 1914-1918
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L'Acte de Berlin de 1885 imposait la neutralité dans le bassin conventionnel du Congo. Respectueux de cette obligation, le Gouvernement belge avait, au début de la première guerre mondiale, enjoint au Congo de conserver vis-à-vis des forces allemandes stationnées en Afrique une attitude strictement défensive.
Mais dès août 1914 les Allemands lançaient des incursions sur la frontière orientale du Congo et rompaient ainsi la neutralité.
Dès lors, le Gouvernement belge pouvait légitimement quitter son attitude expectante et donner ordre aux troupes congolaises de passer à leur tour à l'offensive. A l'Ouest, un détachement rejoignait, dès octobre 1914, les troupes franco-britanniques qui attaquaient le Cameroun allemand; ce détachement participa à la prise de la Sangha et il coopéra à l'encerclement des forces ennemies jusqu'à la chute de Yaounde, en janvier 1916. D'un autre côté, deux compagnies congolaises partaient au secours des Anglais, en Rhodésie, où les Allemands avaient attaqué Abercoru; cette intervention belge repoussa les Allemands hors du territoire britannique.
Ces deux premières campagnes belges se soldaient ainsi par des victoires. Une offensive de grande envergure allait leur succéder.
En effet, tandis que se déroulaient les expéditions du Cameroun et de Rhodésie, les autres forces belges cantonnées dans l'est du Congo préparaient, de concert avec les Anglais, une attaque puissante contre l'Afrique orientale allemande. |
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D - Le Congo entre deux guerres
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La guerre avait rompu la portée de l'Acte de Berlin. Il fut remplacé en septembre 1919 par la Convention de Saint Germain-en-Laye. Celle-ci réservait le système de la liberté commerciale dans le bassin du Congo uniquement aux Etats signataires et aux membres de la Société des Nations qui adhéraient à la Convention; de plus, elle autorisait la Belgique à fixer désormais librement les droits d'entrée au Congo des navires et des marchandises.
A partir de ce moment, le Congo connut un remarquable développement économique; l'assouplissement du régime draconien imposé par l'Acte de Berlin fut incontestablement l'une des raisons de cette prospérité accrue qu'accompagna un vaste essor de l'organisation administrative, de la vie sociale et de la recherche scientifique.
Economiquement, le Congo sortait de la guerre 1914-1918 ouvert à une exploitation plus large et plus fructueuse. Déjà à cette époque, on y dénombrait près de deux mille firmes commerciales. Cette progression alla s'amplifiant jusqu'au moment de la grande crise mondiale de 1930-1935. Les conséquences de celle-ci furent très graves pour le Congo car sa prospérité dépendait essentiellement de l'exportation des matières premières. Il fallut attendre longtemps, en fait jusqu'aux événements de 1940, pour voir se dessiner une reprise complète des affaires. Cependant, même en plein marasme économique, on continua sans désemparer de donner au pays son armature.
Dès 1920, le deuxième ministre des Colonies, Louis Franck, avait entrepris un large programme de travaux publics : équipement des ports, développement des communications, encouragements à la navigation aérienne. En même temps, il favorisait l'agriculture, notamment l'exploitation du coton qui allait apporter des ressources à des régions entières. Il doublait cette action économique d'une politique indigène solide, qui aboutit à la stabilisation des communautés coutumières et à l'amélioration de la vie des travailleurs. Le Congo vécut alors une période de haute conjoncture qui ne prit fin que vers 1930. Pendant cette période, on vit entreprendre la mise en valeur du Kivu, se constituer les grands élevages du Katanga, appelés à prendre une place importante dans l'économie congolaise, à côté du coton, les plantations de café et l'exploitation de produits palmistes. Le chemin de fer du Cap qui, en 1910, arrivait déjà à la frontière katangaise, fut prolongé à travers le territoire congolais jusqu'à Port-Francqui, sur le Kasai. Ainsi fut réalisée la liaison sur terre nationale entre les provinces minières et l'Atlantique; peu après, un autre chemin de fer, parti de Lobito, et traversant l'Angola portugais, atteignait lui aussi le Congo et se reliait à cette ligne du Katanga. Enfin, en 1925, pour la première fois, la Belgique était reliée au Congo par la voie des airs. En même temps, se créaient d'importantes institutions scientifiques et humanitaires qui venaient renforcer l'action entreprise en Afrique. Tel était le Congo à la veille de la crise mondiale. Un pays modernisé, exportant par un réseau de communications sans cesse développées les produits de ses plantations et les riches matières premières de ses mines. Dans ce pays, régnait la paix et s'amélioraient d'année en année les conditions de vie des habitants.
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E - La guerre 1940-1945
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La participation du Congo à la guerre de 1914 avait été avant tout militaire. Dans la guerre de 1940, son action fut totale : il apporta à la fois les richesses de ses mines, de ses plantations, de ses forêts, le travail acharné de ses populations blanche et noire, ses soldats, ses armes.
Le 10 mai 1940, l'invasion de la Belgique par les Allemands avait coupé brusquement toutes les relations entre le Congo et la Métropole. Cependant, à ce moment, les frontières congolaises n'étaient point directement menacées; l'ennemi le plus proche était les troupes italiennes d'Afrique orientale. Mais, conscient de la gravité de l'heure, le Gouverneur général Ryckmans, dès le 18 mai, plaçait délibérément le Congo aux côtés des Alliés qui continuaient le combat.
Mobilisation militaire et mobilisation civile allaient pendant ces années transformer le visage du pays.
Après une période de concentration, les troupes congolaises franchissent les frontières en février 1941 et passent à l'attaque : leur objectif, ce sont les centres italiens d'Abyssinie. Coopérant avec le commandement britannique, un premier bataillon, après avoir parcouru 1.700 kilomètres à travers les plaines brûlantes du Soudan, remporte bientôt les victoires d'Asosa et de Gambela; d'autres éléments le suivent et montent en ligne.
A ce moment, bousculés à l'Est par les Anglais, les Italiens refluent vers les positions tenues par les Belges dans la région de Saio : c'est là qu'ils vont trouver la défaite. En effet, sous le commandement du général Gilliaert et du colonel DronkersMartens, les troupes congolaises investissent Saio et passent à l'attaque; le 3 juillet, Saio tombe : une armée italienne de 9 généraux, près de 400 officiers, plus de 2.500 sous-officiers et soldats et plus de 3.500 auxiliaires se rend aux Belges. Cette victoire écrasante devait entraîner la reddition de toutes les troupes italiennes stationnées au sud du Nil bleu.
Quelques mois plus tard, de nouveaux effectifs belges s'embarquaient à Matadi : un corps expéditionnaire au complet allait occuper, en Nigérie britannique, des positions d'attente devant la frontière du Dahomey vichyste. Il devait en principe s'insérer dans une vaste manuvre d'encerclement des colonies françaises non encore passées dans le camp allié. Toutefois, l'accélération des événements, le débarquement en Afrique du Nord, le ralliement de Dakar qui entraîna celui des territoires voisins, rendirent vite inutile son intervention. Aussi, au début de 1943, les troupes congolaises quittent la Nigérie : partie par mer, partie par terre, elles gagnent le Moyen-Orient. Six mille soldats font le tour de l'Afrique en bateaux tandis qu'un convoi de plus de mille véhicules, dans un raid spectaculaire qui fut un véritable exploit sportif, traverse les déserts soudanais, arrive à Khartoum et de là atteint le Caire.
Les effectifs de deux brigades restèrent dès lors stationnés au Moyen-Orient pendant près de deux ans : en Egypte, en Palestine, ils assurèrent la relève de troupes prêtes au combat et ils occupèrent des missions importantes de garde et de surveillance. Des plans secrets prévoyaient leur utilisation éventuelle dans une campagne balkanique mais, là aussi, les événements se précipitant, l'offensive d'Italie et le débarquement de Normandie créèrent des perspectives nouvelles; mission remplie, les troupes congolaises furent rapatriées sans avoir connu les champs de bataille d'Europe.
Pourtant, c'est jusqu'en Extrême-Orient que l'on vit apparaître pendant la guerre les soldats congolais; en effet, sous le commandement du colonel-médecin Thomas, un hôpital de campagne venu du Congo apporta aux Alliés son concours permanent sur les fronts d'Afrique orientale, au débarquement de Madagascar, et enfin, en pleine guerre japonaise, dans la jungle de Birmanie, où il se couvrit d'héroïsme.
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F - L'essor et les problèmes du Congo d'après-guerre |
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A la cessation des hostilités, le Congo s'est engagé dans une période de haute conjoncture : celle-ci a été marquée par une augmentation croissante des exportations, une situation financière très saine et une progression marquée des investissements publics et privés.
Quelques chiffres illustrent cette ascension et cette prospérité. La valeur des exportations qui était de deux milliards et quart en 1938, à la veille de la guerre, passe à dix milliards en 1948 et à vingt-sept milliards en 1956. Elle a donc plus que décuplé en moins de vingt ans. Les recettes budgétaires qui étaient de 826 millions en 1937 passent à 12 milliards au bout de la même période; bien plus, les dépenses au cours des dernières années ont toujours été en dessous des recettes et il en résulte une série de bonis accumulés : cette situation dura jusqu'au milieu de 1957, moment où la récession économique mondiale fit sentir ses effets au Congo.
Sans doute, la prospérité de l'économie congolaise est-elle toujours basée essentiellement sur l'exportation, mais sa structure est devenue plus solide : le pays est passé au stade de la mise en valeur scientifique et systématique, les méthodes de travail se sont modernisées, des industries de transformation de plus en plus nombreuses ont été créées, le commerce intérieur s'est développé, enfin, bien des industries belges, comprenant les nécessités de l'évolution, ont créé au Congo des activités qui les prolongent en profitant des avantages locaux.
La décision, après de longues études, d'utiliser les gigantesques ressources hydro-électriques du fleuve Congo, dans la région d'Inga, annonce une nouvelle étape économique : la sortie du premier kilowatt d'Inga, prévue pour 1964, aura pour le pays une importance pour le moins égale à celle que présentèrent l'ouverture du premier chemin de fer ou la coulée du premier lingot de cuivre.
Avec cette décision d'exploiter le potentiel d'énergie qui permettra une vaste industrialisation, l'événement le plus marquant dans le domaine économique est sans conteste la conception et la réalisation d'un Plan décennal. Celui-ci, par de grands investissements, a permis l'amélioration de l'infrastructure économique. Arrivé à terme, il sera, selon les prévisions, suivi d'un nouveau plan, centré celui-ci sur le développement de la productivité et du marché intérieur, facteurs de stabilité. C'est là, on le voit, une oeuvre à longue échéance, marquée à la fois par le sens des réalités et l'amplitude des conceptions.
De pair avec cette ascension économique se constate une élévation du niveau de vie des habitants, une amélioration nette de leur situation sociale et personnelle.
Le Plan décennal a permis d'équiper à tel point le pays en formations hospitalières que la plupart des chefs-lieux de territoires disposent aujourd'hui d'un centre médico-chirurgical moderne que complètent des dispensaires de brousse. L'enseignement, parti du niveau primaire de dégrossissement, a rapidement dépassé le stade secondaire pour atteindre le niveau supérieur : c'est dans ces années d'après-guerre que se sont ouvertes les premières universités congolaises. A mesure que se développait ainsi l'enseignement, s'affirmaient de nouvelles générations prêtes à jouer un rôle de plus en plus marqué dans l'organisation moderne du pays.
Ce pays lui-même connaissait une sorte de clivage interne qui répartissait sa population, naguère encore exclusivement paysanne et fidèle aux coutumes claniques, en deux groupes, l'un rural, l'autre urbain. Pour l'un et l'autre de ces groupes, il fallait envisager des mesures propres à assurer leur bien-être en tenant compte de leurs mentalités différentes.
La grosse masse de la population congolaise est restée entièrement rurale. Afin de la stabiliser, d'éviter son glissement vers les centres ou les usines, des mesures de «Welfare» ont été prises. Un «Fonds du Bien-Etre Indigène» doté de trois milliards de ressources a été constitué : il exerce son action exclusivement dans les milieux coutumiers. En même temps, une politique de paysannat et de coopératives de production est entrée dans la voie des réalisations : elle tend à améliorer le niveau de vie des agriculteurs, à créer une ambiance favorable au maintien des communautés rurales en leur donnant des conditions d'existence plus favorables.
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A cette position officielle dInforcongo, il faut ajouter ce qui suit.
En réalité, le problème évoqué par Inforcongo parut longtemps plutôt étranger aux coloniaux. Tous les pouvoirs politiques et économiques étaient concentrés à Bruxelles, siège du pouvoir législatif et du tout puissant exécutif du Ministère des Colonies. Dans le kilomètre centré autour de ce dernier, se trouvaient groupés les conseils dadministration et les «administrations centrales» des grandes entreprises coloniales où tout se décidait. Les coloniaux de lAdministration et des Sociétés, quels que soient les titres dont on les revêtait, nétaient que les agents dexécution de politiques et de décisions élaborées dans la capitale belge. Le Gouverneur Général lui-même nétait considéré à Bruxelles que comme le fondé de pouvoir local de son Ministre : il navait dinitiative à prendre quen cas durgence, mais il y eut heureusement un Ryckmans et un Pétillon pour donner prestige, substance et autonomie à la fonction. Même le droit de vote, reconnu au plus humble des citoyens métropolitains, était refusé à tout Belge résidant au Congo, et lorsquon le conféra aux Congolais au niveau communal, les coloniaux en furent exclus. On craignait à Bruxelles lémergence en Afrique dun pouvoir blanc autonome, qui aurait pris conscience dintérêts et de valeurs propres, et qui se serait ainsi progressivement éloigné de la métropole. On voulait aussi écarter toute possibilité daffrontements politiques entre les communautés blanche et noire. |
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Ne suscitèrent ainsi guère de remous rien de plus que de linquiétude les signes prémonitoires dun destin congolais séparé : linsuccès de la «carte de mérite civique» et de l«immatriculation» qui auraient permis aux Congolais «évolués» daccéder à légalité avec les Belges fut le plus important : ils refusaient dêtre des «ersatz» de Blancs. Lécho que reçut parmi les colonisés, en 1955, un «Plan de trente ans pour lémancipation politique de lAfrique belge» du Professeur Jef Van Bilsen, de lUniversité Coloniale dAnvers, fut le suivant. Lui succédèrent rapidement, en 1955 et 1956, un «Manifeste de Conscience africaine», émanant dune association culturelle bangala/baluba gravitant autour de labbé Malula, futur archevêque de Kinshasa, une «Déclaration de lépiscopat du Congo» par laquelle le clergé se distançait de ladministration coloniale, avec laquelle il avait toujours étroitement collaboré, et le «Manifeste de lAbako» élaboré dans un cénacle bakongo. Il se dégageait de toutes ces prises de position une unanimité pour réclamer la fin du régime colonial dans le cadre dune «émancipation» qui naurait pas exclu le maintien dun lien avec la Belgique, à condition quil soit accepté librement par les Congolais.
Bruxelles se confina dans un premier temps dans lattentisme, laissant le gouvernement général reprendre linitiative en 1957 par linterdiction de deux organes de presse congolais, dont la parution menaçait le projet de communauté belgo-congolaise cher au Gouverneur Général Pétillon, et la création dinstitutions urbaines et rurales élues sur des bases tribales. Ces élections, qui se prolongèrent jusquen 1959, renforcèrent donc les courants régionalistes opposés au nationalisme centralisateur dont Lumumba sétait fait lavocat et même le prophète illuminé.
Le courant nationaliste reprit force et vigueur en 1958 à loccasion de la participation congolaise à lExposition Universelle de Bruxelles, dune tournée du général de Gaulle dans les territoires français dAfrique et de la participation de leaders congolais à la Conférence panafricaine dAccra. Du côté belge, on arriva, à peu près simultanément, à la conclusion que lindépendance devait être accordée à la Colonie.
La première de ces circonstances amena plusieurs centaines de Congolais au contact des réalités politiques et sociales belges. Non, les Belges nétaient pas aussi unis et exemplaires quils voulaient le paraître au Congo, mais sous un autre aspect, ceux de Belgique pouvaient se montrer moins distants que leurs compatriotes doutre-mer. Telles furent les observations que les participants rapportèrent de leur long séjour dans la métropole. Ils avaient aussi pu multiplier les contacts entre les plus engagés politiquement dentre eux, ainsi quavec les partis et les syndicats belges qui essayaient de simplanter au Congo. Les parentés et les amitiés idéologiques se nouèrent ainsi à Bruxelles bien davantage, probablement, quau Congo.
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Pour clore ce chapitre, voici le texte du discours que Lumumba prononça à la fin des travaux de la Table Ronde politique belgo-congolaise qui fixa la date de lIndépendance au 30 juin 1960 : on constatera quil démentait davance les propos insultants et mensongers quil tiendra lors de la proclamation de celle-ci.
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"" Nous sommes particulièrement satisfaits des résultats des négociations que nous venons d'avoir avec les représentants du gouvernement et du Parlement belges. Nous avons réclamé l'indépendance immédiate et inconditionnelle de notre pays. Nous venons de l'obtenir. Nous avons demandé que cette indépendance soit totale et réelle. Le gouvernement belge, accédant à notre désir, nous a assurés de ce que la Belgique ne se réservera aucune compétence à partir du 30 juin 1960. A cette date, le Congo accédera à la souveraineté internationale. Ces résultats magnifiques, obtenus par des négociations pacifiques et amicales, nous réjouissent profondément. Le fait pour la Belgique d'avoir libéré le Congo du régime colonial que nous ne supportions plus, lui vaut l'amitié et l'estime du peuple congolais. Cette amitié, nous voulons qu'elle soit durable et dégagée de toute forme d'hypocrisie. Nous prouverons ainsi au monde entier que la notion de l'amitié entre les peuples a une signification réelle. Aujourd'hui, nous allons oublier toutes les fautes du passé, toutes les causes de nos dissensions, pour ne voir que cet avenir merveilleux qui sourit devant nous. Aux fonctionnaires belges travaillant actuellement au Congo, nous leur demandons de servir demain notre gouvernement avec la même loyauté qu'ils ont servi le gouvernement belge. Ils seront tous fiers d'avoir contribué, dans un esprit d'humanisme, à une oeuvre de reconstruction nationale. Jeune Etat, nous aurons besoin des conseils et du concours technique de la Belgique. Nous espérons fermement que ce concours ne nous sera pas refusé. Nous adressons un appel fraternel à la jeunesse belge, à la jeunesse démocratique, de venir servir l'Etat congolais. Vous trouverez chez nous un peuple frère qui a besoin d'autres frères. Vive le Congo indépendant. Vive la Belgique. Vive l'amitié entre nos deux peuples ! " |
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Les Congolais étaient, en effet, loin d'être les victimes d'un régime répressif : la plupart des infractions, lorsqu'elles étaient commises par des Congolais, relevaient, non pas du droit européen imposé par les Belges, mais des anciennes coutumes maintenues en vigueur après avoir été dépouillées de leurs aspects inhumains. Des travaux d'intérêt général et éducatif imposés aux détenus, lassignation à résidence dans le village dorigine ou dans un centre de relégation ouvert remplaçaient le plus souvent l'enfermement, bien avant que la Belgique ne mette en uvre pour elle-même ces alternatives au régime carcéral. Les Africains bénéficiaient aussi de possibilités de circulation, - réglementées, il est vrai, par le souci d'éviter l'extension, actuellement démentielle, des villes et de leurs immenses favellas - mais dont les performances peuvent être mesurées par quelques chiffres : autant de trains de voyageurs et de marchandises circulaient en un jour que maintenant en un mois, le trafic fluvial du transporteur officiel était vingt fois plus important qu'actuellement, et le réseau routier, devenu maintenant inexistant ou délabré, s'étendait sur près de 150.000 km, le ferroviaire sur plus de 5.000 et le navigable sur 16.000.
L'écart des revenus entre les deux communautés, important il est vrai, se résorbait rapidement. Le fossé s'est de nouveau considérablement creusé après l'indépendance, les fonctionnaires internationaux et les techniciens étrangers bénéficiant de rémunérations incomparablement plus élevées que les Belges, dont on exigeait cependant des niveaux de formation, de qualification et d'efficacité beaucoup plus élevés qu'en Europe. Un sur dix, par exemple, des candidats à l'admission à l'Université Coloniale parvenait à la fin des études d'administrateur territorial.
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