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L'HISTOIRE DU CONGO BELGE VUE PAR UN HISTORIEN CONGOLAIS |
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L "Histoire générale du Congo" par le Professeur Isidore Ndaywel è Ziem (Editions Duculot Bruxelles), considérablement plus détaillée que toutes celles qui ont été publiées sous le régime belge, se distingue par une bibliographie riche dun nombre inégalé de références et surtout par la prise en compte des traditions orales et des enseignements de lethnographie. Elle constituerait un "Michelet"ou un "Pirenne" de lhistoire de son pays si, à la sérénité et à lesprit critique de lhistorien ne se substituait, à propos de la période coloniale, un réquisitoire exalté mêlant victimisation des Africains, procès dintention à charge des colonisateurs, contradictions et incohérences dans des accusations passionnées. Les quelque 250 pages, près du tiers de louvrage, consacrées à ce sujet, sont disproportionnés par rapport à la brièveté de la domination belge, 75 ans, une vie dhomme, dans deux millénaires dhistoire bantoue. Il n'y aurait rien de contraire à l'inévitable subjectivité dans laquelle sont entraînés tous les auteurs dhistoires nationales, ni de déshonorant, à ce que le bilan de la courte période coloniale belge soit tiré par les historiens congolais de la même façon que les nôtres lont fait pour la beaucoup plus longue occupation romaine. Nous reconnaissons volontiers que, quelles quaient pu être leurs motivations impériales, économiques, culturelles, évangéliques etc., les Romains et les Chrétiens de leur Empire, héritiers eux-mêmes des cultures grecques et orientales, ont édifié les structures de lEurope actuelle sur des fondations celtiques, germaines et gauloises. La rapidité avec laquelle les Congolais ont, à leur tour, assimilé les concepts de leurs propres colonisateurs serait tout à leur éloge sils acceptaient avoir reçu un legs similaire au lieu de sen sentir humiliés.
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La colonisation belge fut-elle vraiment prédatrice?
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Le "boom" économique de la Belgique et la paupérisation simultanée du Congo, qui suivirent immédiatement lindépendance, dans les années soixante, démentent lassertion suivant laquelle la colonisation aurait été prédatrice. Les richesses du Congo nétaient en effet nullement transférées en Belgique : elles demeuraient intégralement acquises ou retournées au Congo par le système financier et économique colonial belge qui reposait sur le principe de la séparation des budgets, des finances et des économies. Celui-ci n'autorisait pas, comme actuellement, la sortie de la valeur des biens et des services produits sur place et, lorsqu'ils étaient exportés, en exigeait le retour aux prix des marchés mondiaux. Ces ressources, jointes à celles fournies par la gestion du domaine public et par le régime fiscal, qui frappait surtout les entreprises et les Européens, finançaient un développement qui avait porté le Congo belge au niveau de prospérité des pays méditerranéens d'alors. Pour la Belgique, linvestissement en hommes et en capitaux dans le seul sens de la Belgique vers le Congo, sans retour autre que lapprovisionnement de son industrie en matières premières quelle aurait aussi bien pu acheter ailleurs à moindre coût avait creusé un écart économique considérable par rapport aux pays, tels que les scandinaves, lhelvétique, le batave et les austro-germaniques, qui ne sétaient jamais lancés dans la ruineuse aventure coloniale, ou sétaient trouvés dégagés depuis longtemps de ce mirage.
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Une "Guerre de Trente Ans"belgo-congolaise?
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Sachons raison garder! Si la pénétration du Congo ne fut pas toute entière pacifique, elle ne donna certainement pas lieu à une guerre entre Etats-nations comparable aux grands conflits européens. Il nexistait dailleurs ni nation ni état congolais avant le règne de Léopold II. Et les quelques combats, magnifiés par les histoires nationales respectives, qui eurent lieu ici et là dans la périphérie de la Cuvette congolaise, en dehors des campagnes menées contre les esclavagistes et les mahdistes, ne mirent en présence, chaque fois, si peu de combattants que lhistoire militaire des pays dEurope les aurait assimilés à des accrochages ou des escarmouches.
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Les "mains coupées"
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Lauteur reprend à son compte une légende suivant laquelle le régime léopoldien aurait imposé lamputation des mains à titre de châtiment. Il cite à lappui de son propos, un texte de Jean Stengers, professeur dhistoire contemporaine à lUniversité de Bruxelles, mais vous omet la note qui le complète : "Dans la réalité, ces mutilations furent causées par des soldats livrés à eux-mêmes. Ces mutilations, on le notera, nétaient pas imposées à titre de châtiment.
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Autres outrances
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On retrouve de pareilles outrances passionnées et des procès dintention à propos des motivations, présentées comme exclusivement égoïstes et financières, de Léopold II. Au début de son entreprise, cependant, en 1876, lors de la Conférence Géographique de Bruxelles, le caoutchouc, qui deviendra vingt ans après la principale ressource de son Etat Indépendant du Congo, navait presque aucune valeur et le Roi-Souverain dut engloutir sa propre fortune dans son entreprise africaine avant que limprévisible invention du pneu dauto ne vienne la valoriser. Lutilisation quil fit alors des revenus inespérés quil en tira, si elle est critiquable du point de vue des Congolais et des coloniaux, ne le fut point par rapport aux idées impériales de son temps et de son milieu, suivant lesquelles les colonies devaient, en contrepartie de la civilisation quelles sont censées recevoir par lévangélisation, servir à lenrichissement et à la grandeur des métropoles. Léopold II pourvut donc à lembellissement de la Belgique, par ses constructions laekenoises, spadoises et ostendaises, et surtout la réalisation de lensemble urbanistique Cinquantenaire/Tervuren et du Musée qui en constitue laboutissement, lequel abrite un trésor artistique et scientifique congolais qui aurait été, sinon, entièrement perdu, si lon en juge par ce quil est advenu des collections laissées au Congo. Sa résidence francilienne et sa villa sur la Côte dAzur paraissent bien modestes face aux palais, joyaux, collections dart ainsi qu'aux biens dagrément et dostentation que soffraient, à leur seul usage, les autres têtes couronnées dEurope de son temps. Certes, les coloniaux de lépoque désapprouvaient lapparat des réalisations belges comparé à linsuffisance des moyens laissés à leur disposition, mais il ne faut rien exagérer : les transferts nets vers la Belgique ne dépassèrent guère trois milliards de francs belges actuels (p. 336 de louvrage) en une trentaine dannées, soit une centaine de millions par an, moins dun millième des revenus de la métropole. On peut douter qu'ils aient suffi à financer tout l'apparat architectural et urbanistique de Léopold II, réalisé ou prévu par la Fondation Niederfullbach quil avait créée pour en achever laccomplissement après son décès. Ces transferts disparurent avec la séparation des budgets et des finances instaurée à partir de 1908, et linversèrent même comme on la montré plus haut.
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Les sévices infligés aux Noirs
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Ceci dit, on doit souscrire entièrement aux constatations accablantes de cette commission concernant les sévices infligés aux Noirs. Léopold II fut , en effet, à lépoque, le seul souverain à ordonner une enquête internationale sur les agissements de sa propre administration. Ainsi mandatés, ses envoyés firent fort bien leur travail, sans rien négliger, mais aussi sans verser dans les excès déclamatoires des Morel, Hochschild, Marchal, Massoz etc,. obnubilés par la masse des critiques dont chaque époque accable ses dirigeants. Les abus qu'ils dénoncent sont peut-être bien réels, comme le sont toutes les histoires scandaleuses et horrifiques colportées par les plumes journalistiques et littéraires d'aujourdhui comme dhier. Mais personne ne croit qu'elles représentent la norme dans notre société : on n'écrit rien sur les trains et les avions qui arrivent à l'heure, mais on déverse des torrents d'encre sur les déraillements et les "crash". Les accusateurs de Léopold II perdent aussi de leur crédibilité en voulant faire croire que rien, absolument rien, nétait positif. On n'établit pas un bilan, on ne formule pas de jugement en ne mentionnant que le passif, et, pire, en le dramatisant. Appropriation par lEtat et par la Couronne des terres dites vacantes, régime des concessions territoriales, travail forcé tenant lieu dimpôt, confusion dans la personne des agents de lEtat, fonctionnaires, capitas et sentinelles, des fonctions économiques et régaliennes, exactions de la soldatesque, tout cela est vrai, mais ces mêmes agissements seront répétés, sous dautres appellations, après le départ, dans les années soixante, de ladministration de la Colonie qui y avait mis fin à partir de 1908. Ils ne sont donc pas à mettre en rapport avec un régime on les retrouve identiques, à la même époque, sur l'autre rive du Fleuve, en Afrique Equatoriale Française mais avec des sentiments de mépris, de supériorité raciale ou ethnique, et des situations disolement, dabsence de contrôle et de sous-administration, où les cupidités, les mauvais instincts des plus médiocres peuvent se donner libre cours sans être bridés par une organisation encore en devenir. Ils sont à mettre en rapport avec les circonstances historiques et l'esprit raciste et impérialiste du temps : à la même époque, les Allemands décimaient les Hereros et les Ngonis, les Américains exterminaient les derniers Indiens encore libres, les Français lançaient leurs tristement célèbres "colonnes" militaires en Afrique Occidentale et les Anglais détruisaient l'empire Ashanti après en avoir incendié la capitale. Rien d'aussi délibérément sanguinaire ne peut être reproché à Léopold II. |
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Un génocide?
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En page 344, lauteur évalue à 13 millions, le nombre de vies humaines détruites sous Léopold II. Lorigine de ce chiffre se trouve dans des estimations de la population de la Terra Incognita pré-coloniale, incohérentes au point quelles séparpillent, au nombre dune trentaine, entre 11 et 50 millions dhabitants (Massoz Le Congo de Léopold II édition à compte dauteur Bruxelles). Une telle surabondance destimations aussi divergentes ne prouve que lignorance dans laquelle on se trouvait de la réalité. On ne peut donc que supposer quil y eut effectivement un dépeuplement, non chiffrable, qui aurait été, comme dans bien d'autres parties du Monde, la conséquence des maladies et des épidémies provoquées par le désenclavement du pays. De nouveau, l'opinion du Prof. Jean Stengers (Congo - Mythes et réalités - page 190) mérite dêtre citée : "On a parfois cru pouvoir trouver la cause principale de cette dépopulation dans les abus dont les populations indigènes furent victimes à l'époque de Léopold II. C'est là une vue polémique parfaitement absurde. A l'origine de la dépopulation se trouve avant tout la mortalité causée par différentes maladies, le plus souvent épidémiques, dont les ravages furent effroyables. La variole, et plus encore la maladie du sommeil, furent les fléaux les plus épouvantables. Certaines régions furent littéralement vidées par la maladie du sommeil. Dans cette extension tragique des maladies, la responsabilité incombe incontestablement aux colonisateurs européens : en créant des courants de circulation, ils ont fait circuler et, en fait, le plus souvent, apporté les maladies, mais c'est le type de responsabilité sans faute : nulle part dans le monde, pratiquement, on n'a pu ouvrir des pays neufs, isolés, aux contacts extérieurs, sans provoquer de telles catastrophes démographiques. |
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Les corvées
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En page 338 et 339, lauteur se brouille de nouveau avec les chiffres en traitant des corvées. Si, des 7.000 travailleurs cités pour les premières années de la construction du chemin de fer Matadi-Léopoldville, seulement 1.500 furent rapatriés, nest-ce pas parce que la majorité des autres restèrent au service de la Compagnie? On dispose de chiffre plus convaincants : la mortalité, séchelonna entre 8,80 % en 1892, chiffre en effet considérable, mais qui fut rapidement réduit pour ne représenter plus que 0,75 % de leffectif en 1897 (René J. Cornet La bataille du rail Editions J. Cuyvers Bruxelles page 370). Dix-huit cents reposaient dans les cimetières qui séchelonnaient le long du rail. Aucun ne fut retrouvé sous les traverses lorsque le rail fut démonté dans les années 1930, ce qui démentit la légende suivant laquelle un mort avait été enseveli sous chacune delles. Cette calomnie illustre bien les dramatisations de lépoque. On ne trouve pas dans louvrage du professeur congolais de chiffres précis concernant la mortalité causée par la construction du réseau routier. Il cependant facile de calculer quà raison de 1.000 hommes/jour/km (la norme dun mètre par jour et par travailleur bien connue de tous ceux qui furent appelés à diriger ces travaux), létablissement du réseau routier de 150.000 km que la Colonie a laissé à la République, na dû occuper en permanence, sur tout le territoire, pendant 75 ans, que moins de 5.000 hommes en "équivalent temps plein", en général les villageois astreints à élargir et à aménager la piste qui reliait leur village aux villages voisins. Dans ces conditions, la mortalité dut être à peu près nulle.
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Un bilan
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Quil y ait eu ou non lépisode colonial, épidémies, portage, construction de routes et de chemins de fer auraient été le prix à payer par les Congolais pour sortir de leur isolement et accéder à une inéluctable modernité. En Europe, il fut probablement beaucoup plus important, au cours des vingt siècles de son histoire connue, pour parvenir au stade dévolution qui fut atteint au Congo en moins de cent ans. Linexactitude vire à lextravagance lorsque, en page 653, on trouve une revendication réclamant à la Belgique 500.000 milliards de dollars américains à titre de dommages de guerre. Le P.I.B. de la Belgique sélevant à 265 milliards de dollars, il faudrait quelle consacre au Congo la totalité de ses ressources et renonce à nourrir sa propre population pendant près de deux millénaires. Lauteur appelle, il est vrai, la Belgique à placer en regard ses réalisations positives. Quel est donc lhéritage que le colonisateur légua au Congo le 30 juin 1960? Répétons quil nous est impossible daligner tous les chiffres de nos investissements matériels, financiers, humains et moraux. Nous ne les avons jamais mesurés. Citons cependant 20.000 établissements scolaires de tous niveaux, 3 universités (2 en activité, 1 en formation), près de 300 hôpitaux et de 2.000 autres formations médicales, 165.000 km de voies de communication terrestres et 3 aéroports internationaux, ainsi que trois grandes centrales hydroélectriques satisfaisant aux besoins des grands centres urbains et de lindustrie lourde.. Il avait fallu à la Belgique des siècles pour se constituer à elle-même une infrastructure comparable, qui fut tissée là-bas, par les coloniaux, endéans la durée d'une vie d' homme. |
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Les Congolais étaient, en effet, loin d'être les victimes d'un régime répressif : la plupart des infractions, lorsqu'elles étaient commises par des Congolais, relevaient, non pas du droit européen imposé par les Belges, mais des anciennes coutumes maintenues en vigueur après avoir été dépouillées de leurs aspects inhumains. Des travaux d'intérêt général et éducatif imposés aux détenus, l'assignation à résidence dans le village dorigine ou dans un centre de relégation ouvert remplaçaient le plus souvent l'enfermement, bien avant que la Belgique ne mette en uvre pour elle-même ces alternatives au régime carcéral. Les Africains bénéficiaient aussi de possibilités de circulation, - réglementées, il est vrai, par le souci d'éviter l'extension, actuellement démentielle, des villes et de leurs immenses favellas - mais dont les performances peuvent être mesurées par quelques chiffres : autant de trains de voyageurs et de marchandises circulaient en un jour que maintenant en un mois, le trafic fluvial du transporteur officiel était vingt fois plus important qu'actuellement, et le réseau routier, devenu maintenant inexistant ou délabré, s'étendait sur près de 150.000 km, le ferroviaire sur plus de 5.000 et le navigable sur 16.000. L'écart des revenus entre les deux communautés, important il est vrai, se résorbait rapidement. Le fossé s'est de nouveau considérablement creusé après l'indépendance, les fonctionnaires internationaux et les techniciens étrangers bénéficiant de rémunérations incomparablement plus élevées que les Belges, dont on exigeait cependant des niveaux de formation, de qualification et d'efficacité beaucoup plus élevés qu'en Europe. Un sur dix, par exemple, des candidats à l'admission à l'Université Coloniale parvenait à la fin des études d'administrateur territorial. |
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