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LES ANCIENNES MONARCHIES CONGOLAISES |
Par Oscar Libotte, Président Honoraire de l'Urome
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Au cours de ce deuxième millénaire apparut un autre phénomène, constaté par les traditions orales et les quelques chroniques qu'écrivirent d'anciens voyageurs européens : c'est la stabilisation et l'organisation politique des tribus en entités fortes. On constate d'une façon générale qu'une fois épuisé le courant de migration, une fois trouvé le sol fertile et l'asile sûr, les communautés bantoues ne tardent pas à se sédentariser: des formes de pouvoir s'y organisent et se consolident, des dynasties naissent et se succèdent; des royaumes se créent tantôt avec une allure nettement despotique et tyrannique, tantôt selon une formule proche de l'Europe féodale, et même avec certains aspects révélant des aspirations démocratiques. |
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Dès le XVe siècle, le royaume de Congo - celui sur lequel on possède les plus anciens et les plus nombreux documents écrits - entrait en rapport avec l'Europe et faisait son apparition dans l'histoire internationale.
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Comment se présentait ce royaume congolais? Déjà, les premiers explorateurs signalaient que les indigènes y paraissaient beaucoup plus civilisés qu'ailleurs. Sans doute, n'y connaissait-on pas l'écriture, sans doute n'y avait-on pas été en rapport, comme les pays nègres du Bénin et de Tombouctou, avec des civilisations plus évoluées, mais l'allure politique ressemblait fort à l'organisation féodale de l'Europe du Moyen Age: en effet, le roi avait divisé le pays en provinces et en districts à la tête desquels il mettait des délégués choisis par lui et placés dans une position de vassalité; cependant, en certains cas, intervenaient déjà des élections populaires, embryon d'un contrepoids démocratique devant l'autoritarisme. La vie sociale y était protocolaire, assez rigide. Les techniques étaient plutôt poussées: on y connaissait la fonte du fer et du cuivre, l'art de la poterie, le tissage d'étoffes si résistantes qu'elles furent employées par les Portugais comme voiles de bateaux. On y trouvait de petits élevages: porcs, moutons, chèvres, poules et on y cultivait, bien avant l'arrivée des Européens, le millet, le sorgho, les bananes, les pois, les courges, les ignames. Tel se présentait le Congo, lorsque son roi - Nzinga Ntinu - reçut les délégués que le roi du Portugal lui avait envoyés en 1484: gardant ceux-ci comme otages, il dépêcha à Lisbonne des ambassadeurs, demandant à recevoir des maçons, des charpentiers, des laboureurs, des missionnaires, bref tout qui pourrait l'aider à améliorer les conditions de vie de ses sujets. Dès ce moment, des rapports réguliers s'établirent entre le royaume de Congo et le royaume du Portugal. Rapports basés, tout au moins dans les débuts, non point sur la conquête ou la vassalisation, mais sur l'alliance: les deux rois, sur pied d'égalité protocolaire, échangent des ambassadeurs dès leurs premiers contacts et ces rapports diplomatiques seront poursuivis pendant de longues années. En fait, le Portugal visait, au moyen de cette alliance, à établir à son propre bénéfice un monopole de commerce et d'évangélisation.
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Mais la fin de son règne fut marquée par des conflits répétés avec les Lusitaniens. En effet, avec le commerce, ceux-ci avaient introduit l'alcoolisme, les exactions et la traite des esclaves. Cette dernière prend bientôt de telles proportions que Don Affonso, qui pourtant avait été l'un des premiers fournisseurs, s'indigne et va jusqu'à menacer les Portugais de supprimer tout commerce avec eux; ce sont là des représailles qui annoncent les méthodes modernes du boycott. Cette indignation se conçoit: dès 1436, dans le port congolais de Mpinda, 4 à 5.000 noirs étaient chaque année embarqués comme esclaves à destination du Portugal. La situation alla dès lors en empirant, les trafiquants locaux allant d'abus en abus et donnant une extension chaque jour plus forte à la traite des esclaves congolais; bientôt même, ils accusèrent le roi de leur dissimuler des mines d'or et d'argent qui n'existaient que dans leur imagination. Aggravant tout cela, une invasion menaçait bientôt le royaume: les barbares Jagas, qui, comme les Huns en Europe, parcouraient l'Afrique en brûlant tout sur leur passage, étaient aux frontières. Le Congo fut mis à sac, sa capitale détruite et brûlée. Le successeur de Don Affonso, Don Alvaro, fit appel aux secours portugais. En 1570, ceux-ci vinrent rétablir l'ordre; mais il leur fallut un an et demi pour venir à bout des féroces Jagas. Après cette intervention, les Portugais délaissèrent de plus en plus le Congo pour porter leur attention vers l'Angola qui leur présentait un champ d'activité commerciale plus favorable. Devant un tel état de choses, le roi Alvaro Il entreprend en 1590 la lutte contre les Portugais; s'appuyant sur les rivalités européennes, il tente de mettre son royaume sous la tutelle du Saint-Siège, puis favorise l'arrivée au Congo des Hollandais qui commencent à prendre pied en Afrique. Le jeu de balance entre la Hollande et le Portugal ainsi amorcé continue pendant tout le XVIIe siècle: lorsque après l'éphémère prise de Loanda en 1641, les Hollandais supplantent les Portugais sur la rive occidentale d'Afrique, un courant diplomatique nouveau s'établit entre eux et le roi de Congo.
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Situé entre le Kasai et le Sankuru, le royaume des Bakuba - ou des Bushongo - est peut-être le plus ancien des royaumes congolais, certainement celui où la civilisation africaine a atteint le degré le plus élevé, et le seul qui, figé dans un conservatisme orgueilleux, ait maintenu jusqu'au XXe siècle son visage de jadis. La tradition orale conserve la liste minutieuse de plus de 120 rois Bakuba dont les premiers auraient vécu au Ve siècle de notre ère; elle garde aussi le souvenir précis des actes que ces souverains, monarques absolus de droit divin, ont posés, des guerres qu'ils ont menées, des réformes qu'ils ont entreprises, les progrès qu'ils ont apportés. Le recoupement de ces récits par des événements frappants et connus a permis de fixer avec certitude diverses dates dans l'histoire des Bakuba, et de situer ainsi certaines de leurs figures royales. On sait par exemple que le roi Bokama Bomanchala vit l'éclipse de midi du 30 mars 1680, que le roi Bope Mobinji, qui vécut très vieux, assista au passage de la comète de 1843 et fut le premier à connaître le contact européen, lors de l'expédition Wissman en 1884. Venus du Nord, peut-être des
savanes soudanaises d'où ils se seraient frayé un passage
à travers les migrations bantoues, les Bakuba auraient traversé
le Sankuru dès le VIe siècle pour s'installer dans le territoire
qu'ils ont occupé jusqu'à nos jours. Leur histoire est celle,
non point tant d'une série de conquêtes, mais plutôt
du développement d'une civilisation originale, qui organise ses
systèmes sociaux et part à la recherche de son esthétique. |
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Dans le sud-est du Congo, au Kasai et au Katanga, se sont également formés des Etats qui connurent des sorts divers. Le plus étendu, le plus fort de ces Etats fut sans conteste l'empire des Baluba qui couvrit à son apogée le pays allant du Maniéma jusqu'au sud du Katanga, de la Bushimaie aux lacs Tanganika et Moero. L'empire des Baluba fut fondé au XVIe siècle par Kongôlô Mukulu; celui-ci mourut décapité par ses gens après avoir menacé de tuer son propre fils dont il était jaloux. L'histoire de cet empire est avant tout une histoire de conquêtes et de guerres qui dura jusqu'à l'arrivée des Belges; des intrigues successives provoquèrent alors le démembrement de la nation Moluba. Un autre état important fut l'empire des Lunda,
situé sur les hauts plateaux du Kasai, et qui étendit sa
suzeraineté jusqu'au Kwango et jusqu'en Angola. Fondé au
XVIe siècle lui aussi, l'empire des Lunda, par la solidité
de son organisation politique et militaire, a valu à son chef,
le Mwata Yamvo, un prestige qui s'est maintenu jusqu'à nos jours. |
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A partir du XVIIIe siècle, des peuples soudanais franchissent les frontières du Congo. Ils se succèdent par vagues, mais une fois sur place s'imbriquent les uns dans les autres, se recouvrent, s'unissent par groupes de familles, au point de constituer une inextricable mosaïque de clans divers. Tandis qu'au sud de l'Uélé se développe chez les Mangbetus - célèbres par leurs têtes artificiellement allongées - une civilisation élégante, aux murs légères, au nord de la rivière se constituent les sultanats Azande, états guerriers et durs. |
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