L E    L I B E R I A

 

   

Durant la période coloniale, on l'a présenté sous deux aspects élogieux, mais contradictoires.

 D'abord comme le fruit d'une bonne intention, celle des Quakers et de quelques pasteurs américains désireux, vers la fin du XVIIIe siècle, de réparer le tort fait aux esclaves noirs en les rapatriant en Afrique. Le très idéaliste gouverneur de Virginie, Thomas Jefferson, qui fut  le père de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis, dans laquelle figurent les premiers éléments des Droits de l'Homme, se fit l'avocat de cette noble idée qu'il mit beaucoup d'obstination à réaliser. Dès 1788, donc bien avant l'abrogation de l'esclavage après la guerre de Sécession (1861-1865), une "Negro Association  of Newport" se mit donc  à militer en faveur d'une réinstallation massive de tous les esclaves noirs en Afrique. Deux tentatives dans ce sens, organisées par le Président Jefferson en 1815 et 1820, aboutirent  cependant à des échecs. Le relais fut pris  par une American Colonization Society, qui se heurta cependant à l'opposition des Noirs eux-mêmes qui pensaient que le véritable objectif de cette politique était de se débarrasser d'eux, alors qu'ils souhaitaient plutôt être intégrés comme des citoyens libres dans la société américaine. On s'orienta donc vers le transfert en Afrique des esclaves abandonnés ou libérés par leurs maîtres, et, plus tard, des captifs libérés en mer par la chasse aux navires négriers.

 

Sous un second aspect, on a longtemps présenté le Libéria,  comme le  seul Etat noir demeuré libre durant la période coloniale, alors que sa vocation première fut, nous l'avons vu, de devenir une terre de colonisation par les Noirs américains.

Le Liberia est, en réalité le fruit de plusieurs colonisations durant les temps modernes, pour ne  parler que de celles que l'histoire écrite a pu recenser.

Les premières furent contemporaines de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols et les Portugais. Les bouleversements subis par les "empires" soudanais à cette époque obligèrent deux grands groupes de populations, les Kru et les Mande, à émigrer vers des territoires occupés par les autochtones Mel, à les dominer et à les refouler vers les confins du Nord et du Nord-Est du Liberia actuel, ainsi que vers le Sierra Léone et la Guinée. On retrouvera ces divisions ethniques dans les treize grandes tribus actuelles et les trois grandes forces politiques dont les innombrables subdivisions se disputent le pouvoir depuis 1980, en d'incessantes guerres civiles.

L'exemple du Liberia, qui ne fut jamais occupé par des Européens, inflige donc un démenti à ceux qui prétendent que le tribalisme fut une invention des colonialistes occidentaux, qui auraient ainsi voulu "diviser pour mieux régner".

 Une deuxième vague de colonisation se produisit au XIXe siècle. Nous avons vu qu'elle naquit d'intentions philanthropiques. Mais l'enfer n'est pas pavé que de bonnes intentions, mais aussi de considérations moins vertueuses, mais plus pratiques. Après l'époque des idéalistes humanitaires que nous avons évoquée plus haut, un problème se posait dans les Etats esclavagistes du Sud des Etats-Unis. On ne désirait pas du tout  voir se constituer les Noirs affranchis par leurs maîtres en un groupe social qui aurait propagé un idéal de libération généralisée, avec l'appui des Nordistes anti -esclavagistes. Sudistes et Nordistes s'accordèrent donc sur l'idée de les rapatrier en Afrique, où ils pourraient s'épanouir dans leur contrée d'origine, et contribuer, mieux que des Blancs, à convertir et  civiliser leurs frères de race.

Durant la période coloniale, on l'a présenté sous deux aspects élogieux, mais contradictoires.

D'abord comme le fruit d'une bonne intention, celle des Quakers et de quelques pasteurs américains désireux, vers la fin du XVIIIe siècle, de réparer le tort fait aux esclaves noirs en les rapatriant en Afrique. Le très idéaliste gouverneur de Virginie, Thomas Jefferson, qui fut le père de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis, dans laquelle figurent les premiers éléments des Droits de l'Homme, se fit l'avocat de cette noble idée qu'il mit beaucoup d'obstination à réaliser. Dès 1788, donc bien avant l'abrogation de l'esclavage après la guerre de Sécession (1861-1865), une "Negro Association of Newport" se mit donc à militer en faveur d'une réinstallation massive de tous les esclaves noirs en Afrique. Deux tentatives dans ce sens, organisées par le Président Jefferson en 1815 et 1820, aboutirent cependant à des échecs. Le relais fut pris par une American Colonization Society, qui se heurta cependant à l'opposition des Noirs eux-mêmes qui pensaient que le véritable objectif de cette politique était de se débarrasser d'eux, alors qu'ils souhaitaient plutôt être intégrés comme des citoyens libres dans la société américaine. On s'orienta donc vers le transfert en Afrique des esclaves abandonnés ou libérés par leurs maîtres, et, plus tard, des captifs libérés en mer par la chasse aux navires négriers.

Sous un second aspect, on a longtemps présenté le Libéria, comme le seul Etat noir demeuré libre durant la période coloniale, alors que sa vocation première fut, nous l'avons vu, de devenir une terre de colonisation par les Noirs américains.

Le Liberia est, en réalité le fruit de plusieurs colonisations durant les temps modernes, pour ne parler que de celles que l'histoire écrite a pu recenser.

 


Les premières furent contemporaines de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols et les Portugais. Les bouleversements subis par les "empires" soudanais à cette époque obligèrent deux grands groupes de populations, les Kru et les Mande, à émigrer vers des territoires occupés par les autochtones Mel, à les dominer et à les refouler vers les confins du Nord et du Nord-Est du Liberia actuel, ainsi que vers le Sierra Léone et la Guinée. On retrouvera ces divisions ethniques dans les treize grandes tribus actuelles et les trois grandes forces politiques dont les innombrables subdivisions se disputent le pouvoir depuis 1980, en d'incessantes guerres civiles.

L'exemple du Liberia, qui ne fut jamais occupé par des Européens, inflige donc un démenti à ceux qui prétendent que le tribalisme fut une invention des colonialistes occidentaux, qui auraient ainsi voulu "diviser pour mieux régner".

Une deuxième vague de colonisation se produisit au XIXe siècle. Nous avons vu qu'elle naquit d'intentions philanthropiques. Mais l'enfer n'est pas pavé que de bonnes intentions, mais aussi de considérations moins vertueuses, mais plus pratiques. Après l'époque des idéalistes humanitaires que nous avons évoquée plus haut, un problème se posait dans les Etats esclavagistes du Sud des Etats-Unis. On ne désirait pas du tout voir se constituer les Noirs affranchis par leurs maîtres en un groupe social qui aurait propagé un idéal de libération généralisée, avec l'appui des Nordistes anti-esclavagistes. Sudistes et Nordistes s'accordèrent donc sur l'idée de les rapatrier en Afrique, où ils pourraient s'épanouir dans leur contrée d'origine, et contribuer, mieux que des Blancs, à convertir et civiliser leurs frères de race.


Bien que fort peu d'Afro-américains se montrèrent enclins à se retrouver parmi ce qu'ils appelaient eux-mêmes des "sauvages", le Congrès américain se décida finalement à subsidier l "American Colonization Society", qui acheta pour 300 dollars en marchandises une bande côtière de 200 km de long sur 100 de profondeur, estimée suffisante pour y établir une colonie de Noirs américains. Mais cette implantation fut mal vue par les chefs des environs qui désiraient surtout maintenir leur lucratif trafic négrier. La colonie ne fut sauvée que par l'intervention d'un énergique commerçant blanc, lequel, appuyé par une flotte britannique, en devint le premier organisateur. Les gouverneurs blancs, agents de la société américaine de colonisation, se succédèrent de 1822 à 1847, conférèrent au pays son nom de Liberia et à sa capitale celui de Monrovia, du nom de Monroe, un célèbre président américain auteur d'une doctrine qui excluait toute ingérence européenne dans les Amériques. Cette dénomination avait donc une valeur symbolique, à l'époque des débuts de l'impérialisme européen en Afrique.

Comment les Afro-américains installés au Liberia, marquèrent-ils leur reconnaissance pour tous ces services rendus par ses fondateurs et protecteurs américains et anglais ? En stipulant dans leur première Constitution, promulguée alors que la colonie ne comptait que 4.000 anciens esclaves, que les Blancs seraient frappés d'incapacité civile. Aussi, lors de l'Indépendance proclamée en 1847, un mulâtre succéda comme président aux gouverneurs blancs. Ajoutons cependant que l'apartheid ainsi instauré à l'égard des Blancs s'appliquait déjà depuis les débuts de l'ex-colonie aux "sauvages" indigènes, comme les appelaient les américano -libériens, qui se réservaient pour eux-mêmes le titre d' "honorables".

 


Dès sa "libération", le Liberia se posa en "puissance", affichant, au nom d'une mission civilisatrice, des prétentions au leadership du continent africain. Il utilisa à cet effet les mêmes moyens que les Européens : exploration, achat de territoires, traités de cession et de protectorat, expéditions militaires, à l'exclusion cependant de l'évangélisation et de l'alphabétisation : 10% seulement de la population du Liberia est christianisée, le reste étant demeuré animiste et pour sa plus grande partie analphabète. C'est ainsi que furent subjugués les 3 millions de Kru, Mande et Mel sans rencontrer aucune opposition des puissances colonisatrices européennes : l'alibi philanthropique, constamment allégué par les Etats-Unis, joua en faveur de leurs protégés libériens jusqu'à la première guerre mondiale.

Des traités de délimitation de frontières durent cependant être conclus avec la France et la Grande Bretagne, que les ambitions hégémoniques du Liberia inquiétaient. Jouèrent aussi en sa défaveur la politique indigène la plus discriminatoire du continent (3% de négro-américains refusaient tout droit aux 97% de "sauvages"), sa mauvaise administration et surtout la résurgence de pratiques esclavagistes : elles provoquèrent en 1930 une enquête de la Société des Nations qui faillit aboutir à une mise sous tutelle. Le Liberia continua cependant à paraître avec l'Ethiopie, comme "non pollué" par l'homme blanc, et l'exemple d'un Etat noir qui avait su s'organiser à l'écart de toute domination colonialiste.


La réalité était tout autre : la création du Liberia profita surtout à une riche bourgeoisie d'une centaine de milliers d'américano-libériens, qui monopolisèrent tous les pouvoirs économiques et politiques au prix de la misère de la masse des trois millions "sauvages". Cette oligarchie avait les coudées franches : tandis que la gestion des colonies européennes était contrôlée par les parlements et les opinions publiques des métropoles, ainsi que par les organisations internationales, toute critique à l'égard du Liberia était écartée au nom de son "indépendance". Son prestige était tel qu'il exerça vers 1980 la présidence de l'O.U.A. (Organisation de l'Unité Africaine).

Mais la "roche tarpéienne est près du Capitole". Durant la même année 1980, un Krahn (tribu "sauvage" de l'ethnie Kru) quasi analphabète, le sergent Samuel Doe, assassina le Président Tolbert et fit exécuter sommairement treize ministres et dignitaires de l'ancien régime. Les horribles photos de ce massacre, qui montraient les bourreaux paradant sur les corps de leurs victimes, furent estompées par les discours tiers-mondistes des insurgés.

Une dizaine de coups d'Etat suivirent, tous réprimés dans le sang. Les opposants, c'est-à-dire pratiquement toutes les autres tribus, se mirent alors à rivaliser dans l'horreur. Les "Honorables" ne furent pas épargnés : ils devinrent même la cible de tous. Mais Samuel Doe survécut, se mit à la mode du jour en créant son parti unique, le National Democratic Party of Liberia (N.D.P.L.) et fut à partir de ce moment considéré par l'intelligentsia africaine comme l'émancipateur du Liberia, trop longtemps resté sous la tutelle des Noirs américains, devenus des oppresseurs.


L'opinion avait en effet changé : on avait bien dû constater que si, autour des années 60, un vent de libération avait soufflé sur toute l'Afrique, il n'en avait pas été de même au Liberia. Le N.P.D.L. représentait, avec vingt ans de retard, le grand parti unique qui avait manqué au Liberia pour se décoloniser. On lui forgea même une coalition d'opposition, la Liberia Grand Coalition (L.G.C.), qui, à l'image de la Conférence Nationale Souveraine du Zaïre, entama d'inutiles discussions constitutionnelles avec le dictateur. Cet échec amena une recrudescence des massacres.

Un nouveau retournement de l'opinion africaine se produisit en 1989 : il fallait en finir avec ces tueries, où les vainqueurs d'un moment mangeaient le cœur de leurs adversaires, et composaient d'horribles mixtures d'organes génitaux qu'ils absorbaient pour accroître leur propre puissance virile. D'ethniques, les conflits devaient redevenir politiques, pour sauvegarder l'image d'une Afrique en bonne voie de développement.

Un américano-libérien, l' "Honorable" Charles Taylor, sentit venir le vent. Il mit à profit des liens personnels avec l'ethnie Mande, pour la constituer en véritable parti politique d'opposition, le NPLF. Les autres ne purent que suivre. Ainsi se constitua une apparence d'échiquier politique : le NPDL de Samuel Doe dut affronter le NPLF (National Patriotic Front of Liberia) dominé par les Mande, l'INPLF (Independant National Patriotic of Liberia), issu d'une scission du précédent, et l'ULIMO (United Liberation Movements) qui recruta surtout parmi les Kru dissidents, les uns et les autres ne se gênant d'ailleurs pas pour se partager les débris de l'ethnie Mel.



Pourquoi l'INPLF fit-il sécession ? Essentiellement parce que, pour beaucoup de membres du NPLF, il était intolérable de voir un américano-libérien réapparaître sur la scène. N'étaient plus acceptables que les "vrais nègres". Mais nous verrons que les opinions à ce sujet évolueront.

En attendant, cette première tentative de politisation des conflits ethniques déboucha sur une nouvelle recrudescence de ceux-ci. Toutes les tribus s'y mirent, et le Liberia devint le théâtre d'une orgie de massacres et de tortures. En firent également les frais les Libanais qui avaient repris les affaires des "Honorables" et les musulmans, soupçonnés d'être des "mandingues", c'est-à-dire des alliés étrangers des Mande. "Entre les cochons dévorant les cadavres en putréfaction d'hommes, de femmes, d'enfants, et les guerriers emplumés, le corps peint, portant fièrement comme autant de trophées les crânes de leurs ennemis abattus, le mythe tiers-mondiste du "bon sauvage" fondit comme neige au soleil" (B. Lugan).

En 1990, les Etats-Unis évacuèrent leurs ressortissants et refusèrent de continuer à jouer les rôles ambigus de protecteurs du Liberia et de médiateurs entre les innombrables factions, parmi lesquelles le NPFL de Charles Taylor apparaissait de plus en plus comme prééminent. Ses capacités politiques occultèrent son passé d' "Honorable" pour en faire l'interlocuteur valable d'une série d'accords de paix et de cessez-le feu négociés, d'abord par les Nations Unies, vite découragées, et ensuite par la Communauté Economique des Etats de l'Ouest Africain (CEDAO). Lassée à son tour, celle-ci mit sur pied une Force militaire d'interposition (ECOMOG), qui occupa Monrovia en 1996. Mais ses composantes en profitèrent pour prendre leur part dans les pillages et la contrebande du bois, du caoutchouc et surtout du diamant. La guerre civile engendra donc, avec la complicité des pays voisins, une économie de guerre sans foi ni loi.


En 1997, l'ECOMOG entreprit le désarmement des factions rivales, et leur enjoignit de redevenir, de nouveau, des partis politiques. Cela revenait, en somme, à rejouer la carte Taylor. Des élections furent organisées, dont l'"Honorable" sortit effectivement vainqueur. On peut toutefois douter de l'efficacité de cette solution : l'encadrement tribal des rivalités avait été brisé au profit d'un homme contesté, un tiers seulement des combattants étaient désarmés, et les autres se constituaient en bandes pillardes aux ordres de chefs de guerre Ceux-ci, détachés de tout vrai sentiment d'appartenance ethnique, n'eurent plus qu'un but : contrôler des territoires de plus en plus vastes pour faire travailler à leur service le plus possible de "civils". Le pays devint donc un immense camp de travail forcé.

Pour échapper à cet esclavage et aux conflits entre chefs de guerre, près de deux millions de Libériens ont fui leur maison, dont 1,5 million ont cherché refuge dans les pays voisins. Les enfants abandonnés sont devenus mendiants, voleurs ou soldats, rôle dans lequel les chefs de guerre les apprécient beaucoup, car ils tuent aveuglément.

L'ECOMOG, plutôt que de protéger les civils - dont 160.000 ont été assassinés - se borna, par de fructueux arrangements avec les chefs de guerre, à assurer le passage de la production des grandes concessions accordées jadis aux firmes étrangères par les "Honorables". Elle participe aussi au pillage du pays, au profit des pays dont ses contingents sont issus, et surtout de la Guinée, ne laissant au gouvernement libérien que quelques taxes sur le peu qu'il peut encore contrôler, les redevances des concessionnaires étrangers de plantations et de mines, ainsi que des nombreux navires qui bénéficient de son pavillon de complaisance.

Jusqu'en 1998/1999, la communauté internationale, quant à elle, a préféré "oublier" le Liberia, devenu un des nombreux cimetières des illusions anticolonialistes.

 


Mais le Liberia ne mit pas longtemps à se rappeler à leurs mauvais souvenirs : par les massacres et les mutilations qui allaient y marquer la fin du deuxième millénaire, et par la sauvagerie de ses "enfants-soldats".

En 1999, les rebelles anti-Taylor s'allièrent dans le LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) prétendument pluri-ethnique, sous la présidence du Mandingue et musulman Sekou Damate Conneh et la vice-présidence du Krahn Chayee Doe, frère du président Samuel Doe assassiné en 1990 par les hommes de Taylor. A la fin de l'année 1999, soutenu par les Etats-Unis, le LURD relança la guerre contre Charles Taylor à partir de la Guinée.

Passons sur les épisodes militaires. Au début de 2003, les rebelles, mieux armés que les gouvernementaux victimes de l'embargo international sur les armes imposé au Liberia, avaient grignoté 60 % du pays. Durant le mois de juin, le LURD lança une puissante offensive qui l'amena dans les faubourgs de Monrovia avant d'en être finalement chassé par une contre attaque des fidèles de Charles Taylor. Le 17 juin 2003, les forces gouvernementales et le LURD signaient un accord de cessez-le-feu prévoyant le départ du président Taylor inculpé depuis le 4 juin de crimes contre l'humanité pour son rôle direct ou indirect dans la guerre civile de Sierra Leone. Le 7 juillet, le Nigeria lui offrit l'asile politique.


Le sort de Charles Taylor paraissait donc scellé et tout semblait simple alors qu'en réalité la situation est d'une rare complexité en raison des implications régionales du conflit. En effet, en Côte d'Ivoire les rebelles de l'ouest qui sont ethniquement apparentés à ceux du Liberia sont en même temps partisans du président Taylor, tandis que les hommes du LURD et du MODEL (Mouvement pour la Démocratie du Libéria, allié minoritaire du LURD) combattent aux côtés de l'armée du président Gbagbo. Le départ de Charles Taylor serait une grande victoire pour Laurent Gbagbo car un retour de l'une des tribus Kru au pouvoir au Libéria, donnerait en effet à ce dernier un allié de poids sur sa frontière ouest.

Sur le terrain, aucun des belligérants libériens n'étant en mesure de l'emporter, le LURD soutenu par la Guinée et par le gouvernement ivoirien demanda une intervention armée américaine destinée à renverser le régime Taylor. Sa justification était le sauvetage des étrangers menacés à Monrovia. Mais, le 8 juin 2003, la France avait provisoirement "coupé l'herbe sous les pieds" des Américains en lançant dans le plus grand secret l'opération "Providence" qui réussit à évacuer les ressortissants étrangers vivant à Monrovia.

Washington a donc trouvé un autre prétexte pour intervenir" (L'Afrique réelle –n°40).

Cette intervention, une "Force Ouest-africaine de paix "Ecomil" s'en est chargée, appuyée par 200 Marines américains qui contrôlent l'aéroport. Vers la mi-août, cette force a contraint le LURD à évacuer le port de Monrovia, qu'il avait occupé le 19 juillet, et le MODEL à quitter Buchanan, la seconde ville du pays. L'aide humanitaire peut donc de nouveau arriver, mais les risques demeurent élevés : rebelles et soldats gouvernementaux se font en effet toujours face dans les environs de ces villes, et rien n'est réglé dans le reste du pays, toujours sous la coupe d'enfants-soldats drogués et ivres de meurtres.

Politiquement, que va-t-il advenir ? Le Président Charles Taylor a démissionné et s'est réfugié au Nigeria. Qui lui succédera, le LURD semblant, aux dernières nouvelles, vouloir se désengager politiquement ?

     

O.G. Libotte

20 août 2003