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L E Z I M B A B W E
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Vous souvenez-vous de Ian Smith, ce planteur rhodésien qui mena avec 250.000 colons, pendant une quinzaine d'années, de 1965 à 1980, une lutte sans espoir contre Mugabe, ses 10 millions de partisans et alliés, contre, aussi, une trop habile métropole, la traître Albion, et finalement contre le monde entier rassemblé sous la bannière onusienne ? Son pays, la Rhodésie du Sud, devenu le Zimbabwe, se place de nouveau à l'avant-scène de l'actualité : il y reparaît comme le théâtre d'une nouvelle vague de haine raciale contre les Blancs. Cette région bénéficie cependant de tous les avantages qu'une nature généreuse peut prodiguer : savanes herbeuses ou modérément boisées, propices ici à l'agriculture, là à l'élevage, une altitude moyenne d'environ 1.000 mètres, un sous-sol riche en toutes sortes de minéraux, un climat tropical tempéré. Elle devint ainsi la terre d'élection des cultures africaines les plus évoluées, dont témoignent des peintures rupestres pré-bantoues bien antérieures au début de notre ère, et surtout des ruines en pierres taillées, uniques en Afrique noire par leur diversité et leur qualité. Plus de 300 de ces constructions, que nous serions tentés d'appeler mycéniennes, ont été recensées, dont les plus célèbres s'étagent d'une vallée, comportant un temple elliptique d'une développement de 2,5 km de murs pouvant atteindre 9 m de hauteur et 4,5 m d'épaisseur, à une acropole fortifiée, avec, entre les deux, quantité de vestiges d'habitations qui en font une sorte d'Herculanum qui aurait abrité une dizaine de milliers d'habitants. Plus de 4.000 mines d'or et de 150 de cuivre préhistoriques ont aussi été repérées. Certains esprits trop imaginatifs firent de ce pays le royaume de la reine de Saba, égale du Roi Salomon, dont elle aurait partagé la couche.
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Devant le refus des Blancs d'adhérer à une Afrique du Sud devenue indépendante, mais à prédominance Boer, les Britanniques organisent en 1923 le territoire en "Colonie autonome" dotée d'un Conseil Législatif détenteur en fait de presque tous les pouvoirs. La guerre 40-45 provoque un boom économique et un afflux sans précédent de colons qui transforment une économie pastorale et minière en consacrant une grande partie des terres arables à une agriculture que l'on appellera "industrielle", pour la différencier des petites parcelles cultivées par les indigènes à des fins de consommation personnelle. Devant la montée des Indépendances africaines au Nord et l'hégémonie d'une puissance boer au Sud, des tentatives d'union avec la Rhodésie du Nord et le Nyassaland sont tentées, mais échouent, toutes au fond pour la même raison : une démographie de plus en plus à prédominance noire. Le drame congolais de 1960 et l'échec de la sécession katangaise renforceront entre-temps le sentiment d'isolement et d'incompréhension des Blancs. Devant cette situation, Ian Smith, leader des fermiers blancs, et maître en fait du Conseil Législatif, proclame en 1965 l'indépendance de la Rhodésie du Sud. La Grande Bretagne était encline à l'accepter, à condition qu'il soit mis fin à la discrimination raciale et qu'une réforme du système électoral permette à la majorité noire de s'affirmer. Elle est soutenue par l'ONU, qui décrète un embargo économique, dont le résultat principal sera une industrialisation rapide du pays et le renforcement des liens avec l'Afrique du Sud. Ainsi se crée dans le Monde un puissant pôle économique blanc dans une Afrique du Sud devenue autarcique et détentrice potentielle de l'arme atomique, mais dont le talon d'Achille sera le manque de ressources pétrolières propres. |
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Parallèlement à ses négociations avec la Grande Bretagne, désireuse surtout de sauver sa face démocratique, Ian Smith discute infatigablement avec des mouvements noirs partisans de solutions pacifiques. Déjà, un syndicat dirigé par Joshua Nkomo, un Matebele, s'était affirmé dans ce sens dès 1945 et avait organisé peu après une grève des cheminots qui devint vite générale. Des partis politiques, d'abord interdits, puis admis comme interlocuteurs, voient le jour : le NDP unitaire, le ZAPU, parti des Matebele de Nkomo, et le ZANU, celui des Shonas de Robert Mugabe, suivis par une version rhodésienne de l'ANC sud-africaine, celle-là même qui, sous la conduite de Nelson Mandela, conduira son pays vers l'abrogation de l'apartheid et des élections au suffrage universel. Ian Smith négociera surtout avec cette dernière formation, qui avait réussi temporairement à fédéraliser toutes les autres. La guérilla qui mènera les Noirs au pouvoir sous la conduite de Robert Mugabe, commencera seulement en 1972, donc après 27 ans de pourparlers pacifiques avec les Blancs. Elle ne prendra réellement de l'ampleur qu'en 1975, après l'indépendance du Mozambique, lequel s'empressa, avec l'aide des Soviétiques, de jeter de l'huile sur le feu en fournissant des bases de repli et d'entraînement aux rebelles. L'antagonisme Noirs/Blancs était donc bien moins développé en Rhodésie que dans le reste de l'Afrique. Durant quelques mois, on en revint même au statut de Colonie de la Couronne, pour faciliter un arrêt des hostilités, contrôlé par l'armée britannique, chargée de ramener la paix entre les trois adversaires : l'armée régulière rhodésienne, et celles du ZAPU et du ZANU. Les élections qui suivirent donnèrent le pouvoir au leader des Shona, Robert Mugabe, qui s'était entre-temps forgé une étiquette marxiste, à la façon de Lumumba. Et en 1980, la Rhodésie redevint officiellement indépendante sous le nom de Zimbabwe, évocateur d'un prestigieux passé historique.
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Mugabe imagina alors un premier dérivatif au mécontentement croissant : l'intervention militaire au Congo. Il en attendait aussi d'importantes retombées économiques par la mainmise sur les richesses minières. Mais l'opération tourna rapidement à la catastrophe financière : une cinquantaine de milliards de francs belges jusqu'à présent, une saignée intolérable pour un pays au bord de la faillite. Ne restait plus comme moyen de se maintenir au pouvoir que la haine raciale. Il accusa les Blancs d'être les ennemis de son pays parce qu'ils ne voulaient pas laisser l'Etat exproprier leurs terres sans indemnisation, et invita les "vétérans des guerres de libération", devenus en fait des sans-emploi aigris auxquels se mêlaient quantité d'autres déclassés et beaucoup de voyous, à occuper de force les fermes qu'ils convoitaient. Mais les pays voisins, inquiets devant la perspective d'être entraînés dans la tourmente, mirent rapidement le holà à des dépossessions qui risquaient de se propager rapidement chez eux. De plus, les travailleurs occupés par les Blancs avaient, eux aussi, été menacés et molestés par les pillards, et craignaient de perdre leur emploi. Cette masse électorale risquait de peser lourd lors du prochain scrutin. Truquer ce dernier ? Mugabe l'avait fait trop souvent dans le passé pour que le procédé puisse encore fonctionner; une abstention massive était à craindre, qui aurait été interprétée à l'étranger comme un désaveu public d'un régime qui avait su malgré tout sauver jusque là au moins les apparences d'une démocratie. |
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Un opposant de taille s'est maintenant levé : Morgan Tsangirai, leader du MDC - Mouvement pour le changement démocratique - qui avait déjà su réunir tous les mécontents contre une réforme constitutionnelle mitonnée par Mugabe qui lui aurait donné le droit de nationaliser sans indemnisation et de détenir en fait la totalité des pouvoirs. L'échec du référendum organisé pour l'institutionnaliser constitua la première défaite électorale du "petit Hitler" (ainsi dénommé pour sa minuscule moustache, et pour le distinguer d'un autre Hitler zimbabwéen, encore plus brutal que lui, le chef des "vétérans de la guerre de libération"). Il semble donc qu'une alternance démocratique se profile, plus vraisemblablement que dans les autres pays d'Afrique noire, car le Zimbabwe est, nous l'avons vu, un pays de vieille civilisation. Presque chacun y parle et écrit correctement l'anglais, la plupart des citadins ont terminé un cycle d'enseignement secondaire. Juger ce peuple d'après la racaille qui a voulu déposséder les Blancs serait une profonde erreur. |
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Nos médias véhiculent, comme d'habitude, nombre de clichés approximatifs à ce sujet : en particulier la légende suivant laquelle les Blancs, qui ne représenteraient qu'un pour cent de la population occuperaient la quasi totalité des meilleures terres. Statistiquement c'est tout à fait inexact : les bonnes terres de pâture aux mains d'éleveurs noirs couvrent 13% du territoire, les forêts et bois exploités 23%, et les 7% de tenures agricoles sont déjà en grande partie en possession de fermiers noirs. L'unique pour cent de Blancs n'occuperait donc plus que trois ou quatre pour cent des sols arables, et moins d'un pour cent des "bonnes terres" - et si les leurs sont les meilleures, c'est parce qu'ils les ont rendues telles. |